#24 « Obsessions », film de C. Barker: représentation de la dissociation structurelle
Pourtant… je déteste les films d’horreur.
Devant un film d’horreur, je sursaute au moindre bruit dans le noir, je cache mes yeux derrière mes mains, et je ris (nerveusement) pour évacuer la tension. Mais une fois n’est pas coutume. j’ai vu une pépite! ‘Obsession’ (Wish), réalisé par Curry Barker. Avec un budget modeste de moins d’1 million de $, ce film a créé la surprise en devenant un vrai phénomène pop : plus de 400 millions de dollars de recettes en salles et un buzz sur les réseaux sociaux. Pour un film d’horreur, c’est rare. ‘Obsessions’ est une fable sombre et moderne, dans laquelle une jeune femme, Nikki, voit son corps pris en otage par un vœu formulé par Bear, via un objet maudit. Bear souhaitait “juste” “que Nikki [l’]’aime plus que tout au monde”.
Pourquoi en parler ? Parce que ‘Obsessions’ est bien plus qu’un film : c’est une illustration glaçante – mais réaliste – de la dissociation structurelle, cette notion centrale que ma pratique thérapeutique cherche à résoudre avec chacun.e de mes patient.e.s au cabinet grâce à la modalité Intelligence relationnelle Ⓡ.
« Obsessions » est un film qui rend compte de l’horreur des effets de la dissociation structurelle
Enfermé.e vivant.e dans son propre corps
Pire que prisonnière : Nikki devient invisible, ignorée, enterrée vivante en elle même (!) par la volonté de Bear, qui a utilisé l’objet maudit pour son “wish”. Son corps agit, parle, vit… mais elle n’a plus le contrôle. Elle est devenue un zombie. Mort-vivante. Sous domination, possédée.
Et c’est exactement ce qui se passe en nous quand nos parts blessées, nos enfants intérieurs, nos désirs étouffés sont emmurés, inaccessibles. On fonctionne, on sourit, on travaille, on est opérationnel.le… mais une partie de nous est absente. Déconnectée. Comme si on était à la fois le bourreau (celui qui ignore) et la victime (celle qui hurle silencieusement).
Et ce, même parfois en en étant conscient.e! Une scène qui me fait frissonner: Nikki est couchée. La Nikki possédée dort. La Nikki consciente de son état dissocié, sait qu’elle ne peut pas s’en sortir seule. Elle appelle à l’aide Bear… sa dernière chance… qui… l’ignorera.
Être dissocié.e, c’est être son propre bourreau. Être sa propre victime.
Être Nikki?
Prenons une minute pour y réfléchir :
– Y a t il en moi une voix, une envie, une émotion que j’étouffe depuis si longtemps que je ne l’entends même plus ?
– Est-ce qu’il m’arrive de m’ observer de l’extérieur, comme si je n’étais plus tout à fait là ?
– Est-ce que certaines de mes réactions me semblent étrangères, comme si elles ne m’appartenaient pas ?
« Obsessions » nous montre que la dissociation, c’est ça : une part de nous est piégée, tandis que le reste continue à avancer, comme un corps (presque) sans âme. Et ça, c’est l’horreur absolue: être mort-vivant ou plutôt vivant-mort.
Dans le réel, l’installation d’une telle dynamique intérieure dans notre vie n’a évidemment pas pour source un “wish” ou une malédiction extérieure. En fait, c’est une réaction naturelle et logique de notre psychisme et de notre corps à des conditions d’insécurité profondes dans le passé qui n’ont pas vues de résolution et sont restées sans intervention, sans solution pour les apaiser ou a minima, les expliquer. On a beau avoir quitté cet environnement, avoir grandi, s’être sorti de ce “bain toxique”, notre psychisme, lui, croit toujours être dedans et agit, de manière conservatrice, pour sa survie, comme si on y était encore. Une partie de nous (la ‘Nikki consciente’) sait qu’on n’y est plus. Une autre (la ‘Nikki possédée’) l’ignore et prévoit l’avenir en fonction. Donc… logiquement, notre psychisme cherche une solution à cette situation contradictoire et intenable -> il se dissocie.
On peut sortir de la dissociation
ll peut être très difficile d’identifier que cela nous arrive car les conditions d’activation de la dissociation peuvent être très spécifiques et rares dans notre quotidien, donc passer sous notre radar mais toutefois avoir un impact important dans notre vie. C’est pourquoi l’aide d’un professionnel est requise.
La thérapie, et plus spécifiquement le travail sur la dissociation structurelle, permet de retrouver ces parts de soi enfouies. De les écouter, de les libérer. De se réapproprier son corps, ses émotions, ses rêves. C’est un retour à soi qui change tout : nos relations, notre travail, notre rapport au monde… et même notre goût pour la vie.
Se dissocier est une réponse logique et sain dans un contexte qui le nécessite.
J’ai survécu au visionnage d’Obsessions en me raccrochant à cette analyse thérapeutique… alors que je sursautais à chaque jump scare. Je recommande vraiment la découverte de cette oeuvre. A la fois pour le plaisir, évidemment et cette proposition de lecture… mais prévoyez un doudou, une lumière allumée ou une main à serrer!
Sources
Obsessions, Réalisateur Curry Barker, 2025, Blumhouse Productions / Capstone Studios / Tea Shop Productions
Aller plus loin…
Les ressources listées dans la section idoine du site vous permettront de mieux comprendre la dissociation, son mécanisme, les raisons de son apparition et comment on la soigne au cabinet
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